02/07/2017

Comment je suis sortie de ma situation de surendettement

Témoignage d'une rescapée du monde des crédits à la consommation et des cartes de réserves d'argent à profusion.

 

surendettement

 

Tout d'abord, je tiens à préciser que ce témoignage ne reflète que ma propre opinion, celle-ci étant forgée par ma seule et unique expérience. Aucune marque de banque ou de maison de crédit ne sera citée dans cet article.

 

Comment tout à commencé

Je me prénomme Magalie*, j'ai 32 ans et je suis originaire de Perpignan. J'ai été en situation de surendettement pendant plus de 5 ans et ma vie s'est rapidement transformée en enfer. Pour faire court, j'étais il y a quelques années responsable de plateau au sein d'une entreprise qui commercialisait des solutions informatiques pour les TPE-PME. Mon contrat était en CDI et j'avais un salaire plutôt correct (2300 euros bruts/mois). Ce salaire me permettant d'avoir accès à des offres de crédit à la consommation, j'ai d'abord craqué pour un prêt auto pas trop cher (3,90% de TEG) auprès d'une maison de crédit assez connue. En revanche, le prix du véhicule était lui de 25.000 euros ce qui, avec du recul, était un peu exagéré de ma part je dois le reconnaître. Mais vivant encore chez mes parents et n'ayant donc pas de loyer à assumer, ma capacité d'emprunt restait somme toute élevée. Voyant qu'il était encore possible d'emprunter, je suis entrée, sans m'en rendre compte, dans une frénésie de souscriptions de crédits renouvelables. Plus je dépensais pour m'offrir ce que je voulais et plus j'en voulais encore. Ça en devenait presque maladif et mes parents voyaient d'un très mauvais œil le chemin que je prenais. Leurs tentatives pour m'avertir des risques restaient vaines, je croyais contrôler la situation...

 

Le basculement

On ne se rend pas compte tout de suite du pétrin dans lequel l'on se dirige tant que les mensualités continuent à être débitées. Tout allait bien jusqu'au jour où j'ai perdu mon emploi suite à un licenciement économique. Mes indemnités chômage me permettaient encore de rembourser, mais j'étais tellement juste que je ne pouvais plus rien faire à côté (il devait me rester comme 100 euros après prélèvements). Je continuais d'emprunter pour boucler les fins de mois difficiles, c'était un engrenage. Malheureusement, j'ai fait l'erreur de refuser l'assurance de prêt qui m'a été proposée lors de la demande afin de me protéger contre une éventuelle perte d'emploi. Bien sûr, mes parents se sont proposés de m'aider, mais je refusais de leur faire porter le poids de mes erreurs. J'ai d'abord commencé par revendre mon véhicule afin de rembourser une partie de l'emprunt par anticipation. Quelle ne fut pas ma stupéfaction en voyant la décote de ma voiture seulement 1 an et demi après l'achat : presque 50% ! Là ce fut un réel coup dur, mais je n'avais pas trop le choix, je devais concéder à cet effort car mes droits d'allocation chômage étaient sur le point d'expirer. La revente du véhicule et le remboursement anticipé ne m'ont pas sorti de mes galères pour autant car je restais sans emploi pendant tout ce temps (et ce n'est pas faute d'avoir cherché).

J'ai vite basculé vers le RSA avec une impossibilité de rembourser tous ces crédits contractés auprès des organismes. Et ce qui devait arriver arriva : courriers, appels téléphoniques, mises en demeures... Sans soutien psychologique, il est très difficile de surmonter cela.

Impossible non plus de faire un regroupement de crédits vu l'état de mes ressources, d'autant plus que je voulais en finir avec tous ces emprunts et un regroupement de crédits n'est rien d'autre qu'un nouveau prêt étalé sur une plus longue durée. Impossible non plus de négocier avec les maisons de crédit pour faire une pause dans le remboursement. Ma situation était tellement chaotique, je n'avais pas d'autre choix que de déposer un dossier de surendettement auprès de la Banque de France.

 

Le processus de rétablissement

Pour aller droit au but, mon dossier a été épluché par la commission de surendettement et celle-ci a recommandé au juge d'opter pour une procédure de rétablissement sans liquidation (vu que je ne possédais plus rien, même pas ma voiture). Le rétablissement personnel, c'est la phase de remise à plat, on efface les dettes qui sont manifestement impossibles à rembourser. La commission a tenu compte de ma bonne foi quand ils ont vu que j'avais préalablement revendu ma voiture pour rembourser une partie de mon emprunt. Cette revente fut une démarche salutaire et bénéfique malgré la moins-value réalisée. Si j'étais encore salariée, nous serions certainement passés par un plan de redressement en accord avec les créanciers et je me serais peut-être sentie plus digne. Malheureusement, la précarité de mon quotidien m'en a empêché.

 

Mes dettes ont fini par être effacées et avec le recul, le poids des regrets nous fait comprendre à quel point une bonne gestion de son argent peut nous éviter les pires calvaires.

Il est très facile de tomber dans le piège d'une maison de crédit ou d'une réserve d'argent d'un quelconque magasin, mais la prise de conscience arrive souvent lorsqu'il est déjà trop tard. Une situation de surendettement a des conséquences psychologiques, mais aussi sur la santé physique des individus (dépressions, pertes de poids, troubles du sommeil etc...). C'est pour cela qu'il est important d'en parler à des personnes de confiance et d'accepter de se faire aider pour s'en sortir, mais surtout pour apprendre à mieux gérer ses finances personnelles.

 

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*Le prénom a été modifié pour préserver l'anonymat de la personne.